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Sur les éléphants… au Laos.

l’aventure romancée de l’expérience du dressage des éléphants au Laos, par Bounmi

Les Éléphants du Laos

Dans ce village de Hongsa, de la fenêtre du premier étage de sa maison de bois, Man guettait depuis plusieurs jours l’arrivée d’un important personnage. Enfin, sa silhouette reconnaissable se profila sur un ciel d’un rouge pourpre.

Son arrivée bouleversa la quiétude habituelle du village. Seules quelques personnes avaient été prévenues de son arrivée.

Tout le monde savait ce que signifiait sa venue : un éléphanteau allait subir un dressage. Le chaman, suivi d’un groupe de curieux parvint jusqu’à la maison du chef de village.
— Nous vous attendions depuis longtemps.

Man les rejoignit pour partager un repas frugal. Après avoir vidé cul sec un verre de laolao, le chaman s’essuya d’un revers de manche les lèvres et annonça :
— Le prix n’a pas changé, c’est toujours 12 pièces d’argent.

D’un signe de tête le chef du village fit comprendre à Man qu’il devait payer. C’est avec réticence qu’il s’exécuta. Il avait dû faire beaucoup de sacrifices pour économiser cette somme, mais s’il voulait que son jeune éléphant soit dressé, il n’avait pas le choix. Seul un chaman de renom pouvait s’acquitter de cette tache.

Sur le seuil de la maison, une troupe s’était formée.
— Man ! Annonce à tout le village que demain, nous construirons l’école et le box pour le dressage. Envoie des hommes chercher des éléphants. Il en faudra cinq pour s’occuper de la mère et cinq autres pour faire entrer le bébé dans l’enclos de dressage.
— Ce n’est pas tout, dit le chaman. Avez vous choisi la marraine ? Je veux la voir et discuter avec elle. Il serait souhaitable qu’elle habite assez loin de l’école, ou bien, faites construire celle-ci en dehors du village. Et n’oubliez pas ma cage. Je me fais vieux et les nuits sont fraîches en cette saison, prévoyez des couvertures, et un matelas, je devrais y passer au moins trois nuits. Qui sera le mahout ?
— Mon fils. Il a quinze ans. L’éléphant en a six. C’est déjà un peu tard, mais nous avons eu beaucoup de mal pour vous contacter.
— Bien ! Man ! Je veux qu’il soit présent tout au long du rite. Je ferai une liste des végétaux particuliers qu’il devra apporter pour nourrir l’élève pour en faire des sandwiches, et aussi des cannes à sucre sur lesquelles, vous écrirez sur chacune d’elles un nom différent pour que l’éléphant choisisse le sien. Et emmenez dix éléphants adultes.

Tous les habitants du village participèrent à la construction des éléments ordonnés par le chaman. En plus de ces exigences, il avait demandé un coq et un jeune assistant pouvant courir vite.

Tout cela fut construit en une seule journée, et le rite aurait pu commencer très vite, mais il fallait attendre l’arrivée des autres éléphants.

Certains habitants avaient construit des étals sommaires sur lesquels ils avaient préparé des plats. Une grosse dame pilait des papayes et des piments pour en faire une salade. d’autres proposaient des grillades. Des gens venus de différents villages affluaient pour assister à cette cérémonie d’intronisation d’un éléphanteau. La fête prenait allure de kermesse. Des jeux de fléchettes et d’adresse se montaient tout autour de l’école.

Enfin, au fil des jours, les éléphants tant attendus arrivèrent un à un ou en groupe. Ils avaient interrompu leur pénible travail dans la forêt.

Un peu de repos leur serait bien salutaire. Il faut savoir que tirer des troncs d’arbres de plusieurs tonnes sur une pente abrupte est non seulement épuisant mais aussi très dangereux. En effet, le tronc attaché par de longues chaînes reliées à une sangle passée sous le poitrail de l’animal ne doit pas dépasser la vitesse de l’éléphant sous peine de le tamponner. L’animal connaissant bien son métier doit agir vite si ce problème survient sous peine de dévaler la montagne, entraîné par l’inertie de l’arbre. Si un tel accident se produit, c’est la mort assurée ou handicap à vie de ce malheureux travailleur de force. Le cas est hélas trop fréquent. On compte pas moins de dix décès pour seulement deux naissances. Parmi les nouveaux arrivants, la plupart souffraient de blessures. Certaines, issues du frottement de la sangle provoquent des abcès qui, non soignés suppurent et peuvent provoquer une septicémie. À ces problèmes s’ajoutent les parasites, la tuberculose et d’autres maladies, sans compter la mort violente par balles lorsque les mâles en must deviennent dangereux et menacent la vie de personnes. Heureusement l’association Elephantasia possède un fusil qui projette un calmant. Les vétérinaires accourent dès qu’un problème leur est annoncé.

Les propriétaires d’éléphants payent un cornac au mètre cube de bois transporté. La concurrence avec les engins mécaniques les oblige à travailler plus. Les mâles sont si épuisés qu’ils sont incapables de se reproduire. Les femelles après une période de repos pourraient êtres emmenées s’accoupler à un animal sauvage, mais pendant la dernière année de gestation, et pendant l’allaitement du petit, elles ne peuvent travailler pour une durée minimale de trois ans. Les propriétaires refusent donc qu’elles se reproduisent à cause du manque à gagner.

Heureusement, quelques possesseurs de ces animaux les ont retirés du travail de bûcheron, et les ont reconvertis au tourisme.

Dans ces conditions, ils peuvent au moins avoir un suivi médical. Malheureusement, la plupart de ces commerçants ignorent que porter deux adultes, un cornac en plus d’une chaise souvent construite en bois lourd est trop pour cet animal. Son dos ne le supporte pas. De plus, ils ne devraient travailler que trois heures maximum par jour, et passer le reste à se restaurer et se reposer. Un éléphant doit ingurgiter environ deux cents kilos de nourriture variée par jour.

Aujourd’hui, la plupart de ces camps d’éléphants commencent à prendre en compte ces impératifs. Il existe un lieu près de Sayaboury où les touristes ne viennent que pour voir les animaux, où il est tenté de les ré-socialiser dans l’espoir peut-être un peu utopique de les relâcher dans la forêt. N’oublions pas qu’à l’origine les éléphants vivaient en troupeaux hiérarchisés. Espérons que ce sera réalisable et que d’autres camps suivront cet exemple.

Les quotas de bois ont été réduits et l’exportation de bois brut interdite depuis longtemps mieux contrôlée par le nouveau gouvernement. Plusieurs essences sont désormais interdites à la coupe. De nombreux éléphants et leur cornac se retrouvent au chômage. Recycler ces travailleurs dans le tourisme semble être la meilleure solution tant soit peu qu’elle soit bien organisée pour le bien être de ces merveilleux animaux. Dans ces conditions, on peut espérer des naissances ; ce qui est déjà le cas dans le camp cité ci-dessus où du personnel compétent les soignent. Ils possèdent leur hôpital, ils sont initiés et entraînés par la douceur. Leur entraînement est destiné à les habituer à recevoir des soins, même s’ils n’en ont pas besoin, pour qu’ils ne soient pas effrayés le jour où ils pourraient en avoir besoin. Tout éléphant domestique doit avoir son cornac. Il faut le payer. Si l’animal ne travaille pas, il est à craindre que son propriétaire ne l’abatte pour vendre sa viande et son ivoire.

Or, hormis le travail dans la forêt, il n’y a que le tourisme pour les sauver .
— Bien le rituel peut commencer ; amenez le bébé dans l’enclos. Faites venir les cinq éléphants.

Mais…
À cet instant, le jeune cornac donna une légère tape sur la fesse de l’animal et celui-ci se dirigea tout seul vers le lieu de dressage.

Le rituel fut pratiqué. L’animal né au milieu des humains, habitué à suivre le jeune cornac exécuta tout ce qui lui était demandé sans être tapé ni même légèrement piqué comme l’on procédait avant au Laos.

Dressage traditionnel pratiqué jadis au Laos
(extrait de livre « le radeau de bambou par Bounmy », achetable et téléchargeable sur Internet ou livrable en version papier, livraison assurée).

Précisions sur le dressage :

L’éléphant doit être âgé de quatre à sept ans.
Le chaman (il en reste très peu au Laos) choisit le jour le plus favorable pour construire “l’école” car c’est un enseignement que l’éléphanteau va suivre.
Une cérémonie, le baci, est organisée.

Elle est dirigée par le plus ancien du village. Outre les accessoires habituels, sont ajoutés douze pièces d’argent, le paiement pour le maître dresseur.
On construit l’école, un toit, une cage.

On recherche une marraine.
La marraine :
Le chaman célèbre un nouveau baci, cherche dans le village une femme ayant de grandes qualités : travailleuse, douce, intelligente, casanière, en bref tous les critères que devra posséder l’éléphant.

Il s’adresse à l’éléphant, lui explique qu’il doit devenir comme cette « marraine », en adopter toutes les qualités.

Il explique la même chose à la marraine, et pendant trois jours, l’éléphant et elle, bien que séparés, vont faire les mêmes choses aux mêmes moments : toilette, travail, repas et sommeil.

Tous les mahouts disent que l’animal hérite même des défauts de sa marraine ! Par exemple, si elle est coureuse, il fera des fugues ; si elle est coléreuse, l’éléphant le sera aussi !

Ainsi persuadés de la réalité de ce mimétisme, on comprend mieux que le choix de cette personne est déterminant.

On attend un jour favorable pour un troisième baci. À partir de ce jour, la marraine ne doit plus sortir de chez elle.

Le chaman modèle dans l’argile toute une série d’animaux miniatures, il les pose dans un bateau en feuilles de bananier, puis retire un poil de l’animal et le place dans le bateau. Son assistant part à toute vitesse mettre cette barque à l’eau. Il recommence la même opération avec l’urine puis avec les déjections de l’éléphanteau. La vitesse de la mise à l’eau est importante. Ensuite, il saute sur le dos de l’animal, sur sa tête, et le frotte avec une poule vivante qu’il relâchera ensuite.

Au cours du dressage, le chaman va beaucoup parler à l’éléphant. Il a le don de communiquer avec ces animaux. Il dort lui aussi dans une cage à côté de son élève.

Un box est alors construit dans l’école, composé de quatre poteaux bien solides adaptés à la taille de l’élève-éléphant .

Dix éléphants bénis lors du baci sont amenés dans l’école : cinq entoureront la mère, la soutenant « moralement » de la perte de son bébé et resteront auprès d’elle pendant plus d’une semaine ; les cinq autres prendront soin du bébé.

Pour faire rentrer l’éléphanteau dans le box, on lui attache à la patte arrière une corde sur laquelle on tire pour le faire avancer. Il se couche, il ne veut pas entrer. On attache alors une nouvelle corde autour de son cou que l’on tire vers l’arrière. Pour ne pas tomber, il est obligé d’avancer. On peut aussi faire appel à un éléphant pour le pousser.
Lorsqu’il est enfin entré, on lui attache les quatre pattes aux poteaux, un bracelet en fer attaché à l’une d’elles. Pour l’habituer à cette entrave sans le blesser, on veille à le retirer de temps en temps.

L’apprentissage verbal commence : « niok tin » (soulève la patte) ; tant que l’animal n’a pas répondu par l’action, le dresseur le pique légèrement avec un bâton pointu. Si on veut qu’il apprenne rapidement, on l’empêche de dormir. Pour cela deux sangles sont glissées sous son ventre, l’une à l’avant et l’autre à l’arrière, toutes deux fixées en haut des poteaux. Une troisième soutient le cou. Son mahout lui donne à boire et à manger, car il ne peut plus se sustenter seul. Le chaman lui prépare une pâte à base d’herbes qu’il insère dans des morceaux de canne à sucre (recette secrète).

Quand l’éléphant a compris le geste qui devait répondre à cet ordre, on le détache, mais il ne doit pas s’éloigner de l’école. Il doit apprendre les commandements.

À l’ordre « doun say », il doit aller à gauche, en même temps on lui tire l’oreille gauche. S’il ne comprend pas, on pique légèrement le haut de l’oreille opposée avec un clou fixé au bout d’une planche.
Même chose à droite : « doun quoi ». Pour le faire avancer, on dit « pay » et le mahout lui agite les oreilles avec les pieds. Si ce n’est pas suffisant, on lui pique les fesses en répétant « pay ». Pour le faire reculer on le tape sur le sommet de sa trompe et on dit : « recule ». Pour lui faire soulever la patte on le pique sous le pied et on lui dit : « niok tin ». Et ainsi de suite.

Ensuite, il suffira de dire le mot, sans geste contraignant correspondant. Le stimuler avec le pied suffira une fois l’apprentissage achevé. Quand tous les ordres sont intégrés, l’éléphant peut enfin sortir de l’école.

Un nouveau baci célèbre l’événement au cours duquel il choisira son nom.
On écrit sur trois morceaux de canne à sucre trois noms différents que l’on jette devant l’animal : celui qu’il choisit en premier sera le sien.
Bien sûr, ensuite, il s’empresse de manger les autres ; les éléphants raffolent de bâtons de canne à sucre !

Petit dictionnaire de l’éléphant (incomplet :-(

avance : pay
à droite : doun quoi
à gauche : doun say
en arrière : touay lan
soulève : niok
soulève le pied : niok tin
pousse : houau niou
soulève la patte : son (pour que le mahout s’en serve comme d’une échelle pour grimper sur son cou)
pousse le tronc du pied : té may
moins vite : sassa
tire : pay
descends sur les genoux : moup
prends : tiap haou
quand deux troncs sont l’un sur l’autre : tom long gniat
fais tomber le tronc du haut et prends-le : te may haou souane
range ta chaîne : doun so

Il peut enregistrer ainsi jusqu’à cinquante ordres, et même plus.

Pour en savoir plus sur Bounmy et "Le Radeau de Bambou", RDV sur le site officiel Leradeaudebambou.com



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