La légende de Khampha-Phinoy

Il était une fois, dans le pays lao appelé Savathi, un orphelin adopté par une vieille femme. Cette grand-mère de substitution appela l’enfant Kampha, qui signifie orphelin. Ils vivaient dans une extrême pauvreté et l’enfant était obligé de mendier auprès des plus riches habitants de la région pour subvenir à leurs besoins. Plus il grandissait, plus il éprouvait de honte à demander la charité, alors il réfléchit au moyen de changer cette situation et trouva une idée. L’idée était simple, il s’agissait de fabriquer des pièges pour animaux, mais pour cela, il lui fallait de la corde. Malheureusement, ni lui ni sa grand-mère n’avaient les moyens d’acheter le matériel. C’est alors que la vielle femme se proposa d’arracher ses poils pubiens pour tisser la corde indispensable à la fabrication des pièges. Le dieu du paradis, entendant l’affaire, voulu épargner cette humiliation à la vieille femme et dépêcha sur terre un de ses anges auprès de Kampha, qui était en fait la réincarnation future du Bouddha, pour lui offrir des lacets de chanvre magiques.

Kampha le remercie et partit le jour même dans une contrée réputée pour l’abondance de ses animaux et de ses esprits. Sur place, il confectionna et posé sept pièges avant de regagner sa cabane située à un gnod (mesure de l’époque, environ 16 km) de son lieu de chasse.

Pendant la nuit, Kampha fit un rêve curieux où lui apparu un éléphant à sept défenses, un renard, sept pierres précieuses étincelantes et aussi sa maison inondée. Il ne comprit pas le sens de ces allégories qui ne quittèrent plus jamais ses pensées.

Au petit jour le garçon repartir dans la forêt pour relever les pièges. Dans le premier, il fut surpris d’y trouver un esprit répondant au nom de Phi Noy (petit esprit). Ce dernier l’implora de lui rendre la liberté et promit en contrepartie de l’aider en toutes circonstances et de lui rester fidèle. Kampha attendri par ces supplications accepta le marché et libéra Phi Noy. Ensemble ils partirent relever les autres pièges. Dans le second ils trouvèrent un vieux renard, et dans les suivants un gros cerf, un tigre royal, un naga, un aigle royal, et dans le septième et dernier piège un éléphant blanc.

Comme Phi Noy, tous implorèrent Kampha de les libérer, ce qu’il fit en échange de leur soutien. Pour le remercier, l’éléphant blanc déchaussa l’une de ses défenses de laquelle sortit une jolie jeune fille dénommée Nang Nga et l’offrit au jeune garçon. C’est donc en compagnie de la jeune fille, de Phi Noy et les bras chargés de présents qu’il retrouva sa grand-mère comblée de bonheur. La nouvelle de la bonne fortune de Kampha parvint aux oreilles du Seigneur de Savathi, ce qui provoqua sa colère ; comment un jeune homme pauvre pouvait-il posséder une jeune femme aussi jolie ?

Cela fût intolérable pour le seigneur cupide et jaloux. Il convoqua Kampha et lui lança pour défi de le battre à une course de pirogue dont l’enjeu serait la belle. Lampha songea : comment allait-il faire, lui qui ne possédait aucune embarcation ? Il demanda conseil à sa compagne et à Phi Noy qui lui suggérèrent de demander de l’aide au Naga. Celui-ci, heureux de témoigner de la reconnaissance à son libérateur, se transforma en petite pirogue, mais tellement plus modeste que celle du seigneur qu’elle provoqua les rires et les moqueries de la population. Le jour de la course, la grande pirogue du seigneur, forte de son impressionnant équipage de rameurs se plaça à côté de celle de Kampha et Phi Noy, uniques rameurs à bord, et le départ fut donné.

Malgré les encouragements du public, dès le début de la course, la pirogue de Kampha se laissa distancer et le moral du jeune homme était au plus bas. A quelques coups de pagaies de l’arrivée, la victoire du seigneur semble imminente. C’est alors que le naga invoqua les éléments et provoqua une énorme vague magique qui fit chavirer la pirogue du seigneur et noya ses occupants. C’est ainsi que Kampha et Phi Noy franchirent seuls et en vainqueurs la ligne d’arrivée sous les applaudissements du public.

Extrait du Rénovateur, le 13 septembre 2010