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  9. Douze mois chez les sauvages du Laos - 1898

Alfred Coussot & Henri Ruel, extraits

CHAPITRE XIII
HABITANTS DU LAOS - GENERALITES (extraits)

[pages 190-194]

Laotiens — Le Laotien ressemble beaucoup au Cambodgien et un peu au Siamois, j’entends au physique. On se doute bien que toutes ces races doivent avoir une origine commune, bien que cette question soit très complexe et très peu connue, malgré les nombreuses études qu’on en a faits et qui se poursuivent chaque jour. En tous les cas, beaucoup de mots se ressemblent chez les trois peuples, et leur façon d’écrire a beaucoup d’analogie, bien que le Laotien emplie plus de lettres que le Cambodgien, qui en a lui-même plus que nous ; et ce sont de véritables lettres, une véritable écriture, bien différente des caractères annamites et chinois. Dans les trois langues, on trouve le mot lao ou léo, c’est-à-dire ancien, ce qui impliquerait peut-être que le Laotien serait l’ancêtre de ses voisins.

Les uns comme les autres sont d’un type assez beau, et d’une taille moyenne, qui paraît d’autant plus grande que généralement on fait, avant d’arriver chez eux, une escale en Cochinchine dont les habitants, les Annamites, sont le plupart assez petits.

Ils semblent assez forts, mais mous et apathiques, ils ont le teint bronzé et les dents noircies par le bétel dont ils ont continuellement des chiques dans la bouche, ce qui les fait cracher tout rouge. En général, Laotiens comme Cambodgiens semblent peu intelligents.

Tous les Cambodgiens portent les cheveux courts, hommes comme femmes, et ils les séparent par une raie sur le milieu ou le côté de la tête. Quelques Laotiens font de même, mais la plupart se rasent tout le tour de la tête, comme les Siamois, et conservent sur le crâne les cheveux demi-courts et droits comme des crins de brosse. Les femmes se font couper assez facilement les cheveux, à la moindre maladie, mais en général elles portent un chignon pyramidal s’élevant en pointe sur le sommet de la tête et orné à la base d’un ruban d’étoffe de couleur, généralement jaune.

Dans toute la contrée, on porte comme vêtement le sampot ou langouti, espèce de foulard en coton de grandes dimensions qui est attaché, par un tour de main particulier, à partir de la ceinture et descend jusqu’au-dessous du genou. Les riches et les mandarins font faire cette partie du vêtement en très belle soie de couleurs vives et chatoyantes. Ils complètent leur vêtement par une petite veste à deux poches, rejoignant à peine le sampot à la ceinture, et quelque fois des souliers et un chapeau. Les autres n’ont rien du tout, et on se demande comment ils peuvent rester sous le soleil avec 50° et lus sur leur tête, continuant de ramer, alors que, même avec un chapeau, l’Européen hésite à quitter l’abri offert par le rouffle de la pirogue.

Le Laotien est d’humeur assez indépendante, possédant, avec une certaine susceptibilité, une fierté très grande. Hommes comme femmes ne supportent qu’avec peine l’idée d’une punition corporelle ; témoin la fière réponse de cette Laotienne à qui une Annamite, interprète d’une Européenne qui l’avait emmenée à Khône, parlait de la cadouille  :
« Les coups de bâtons, bons pour les Annamites ; les Laotiennes, on leur tranche la tête. »

On a remarqué d’autre part que la plupart des Asiatiques, qui ne sont pas plus braves que nous et qui ne sont nullement plus fatalistes, meurent très bien sans donner, sur le lieu du supplice, aucun signe de faiblesse ni de révolte.

A côté de ces qualités qu’il faut leur reconnaître, ils ont de grands défauts, dont le principal est la paresse : paresse innée qu’accompagne plus ou moins l’indifférence vis-à-vis de l’argent. Ils ne demandent que le nécessaire, et encore à peine ; pour eux, les jouissances qu’ils pourraient tirer des richesses ne compenseraient pas l’effort à donner pour les obtenir. Comme le Chinois, a-t-on dit, le Laotien ne se sent pas le besoin d’idéal qui nous agite. Chez eux, tout est réduit au strict nécessaire ; on ne trouve point les meubles encombrants dont l’Européen ne peut se passer : comme lit, une simple natte sur le plancher, ou quelquefois sur un plancher surhaussé ; point de vêtements de nuit ni aucun autre meuble ; on s’assied par terre sur les talons et par conséquent chaises et tables sont inutiles. Ils n’ont point non plus de vaisselle ; à peine un grand plat, autour duquel s’installent tous les convives, et contenant la soupe de légumes très pimentée et très claire dont ils se paient rarement le luxe. Le riz, qui constitue leur nourriture habituelle, est servi sur de larges feuilles de palmier ou dans de petits paniers en rotin merveilleusement tressé, dont quelques-uns sont parfois très jolis. chacun se sert de sa main comme couvert après avoir, pour la forme, jeté un peu d’eau dans la paume ; ils prennent le ri à poignée, le pétrissent légèrement et en font une boulette qu’ils absorbent d’un seul coup.

CHAPITRE XIV
MŒURS, COUTUMES, SUPERSTITIONS

[pages 197-200]

Laotiens et Khas. — Quand de chez les Laotiens on passe chez les Khas, sauvages habitant le même pays, on trouve entre eux bien moins de changement qu’on ne serait en droit de le croire. Les premiers ont joui d’une très grande renommée et sont issus de la civilisation la plus reculée, dont le principe se perd dans la nuit des siècles, tandis que les Khas sont dans un état de progrès rudimentaire qui en ferait tout juste des contemporains des premiers temps de l’âge de fer.
On peut reconnaître cependant qu’il y eut entre eux une séparation bien plus marquée que celle qui existe maintenant, et qu’autrefois les relations de voisinage ont dû être assez tendues. Les villages khas sont tous isolés et bien séparés les uns des autres, puisque non seulement ils se témoignent de la méfiance de tribus à tribus (et elles sont nombreuses), mais qu’ils sont même en lutte les uns contre les autres dans une tribu de même nom ; à plus forte raison auraient-ils dû être fermés à leurs voisins civilisés. Ils se sont pourtant ouverts en grand nombre, mais les uns après les autres, aux Laotiens qui en ont profité pour établir d’abord, sans doute, de simples relations commerciales. Quelques-uns s’y sont fixés, retenus par le mariage ou une autre raison. Dans beaucoup de cas, malgré la méfiance témoignée par les sauvages pour une immixtion étrangère, ils ont pris un certain avantage dont ils continuent à profiter ; cela, souvent, ne leur coûte rien moins que la vie, car nous avons appris la mort de deux chefs laotiens qui, après avoir pu s’établir dans un grand village kha, Ban Houï, et réunir les suffrages des autres habitants, ont eu la tête tranchée par leurs doux administrés.
Quelquefois, sans les laisser pénétrer chez eux-mêmes, les Khas veulent bien permettre (peut-être parce qu’ils ne peuvent l’empêcher) aux Laotiens d’établir un village immédiatement à côté du leur. Ils semblent vivre alors en bonne intelligence et il se noue entre eux des relations d’amitié qui peuvent devenir des liens de la plus proche parenté. Nous avons vu souvent des ménages de Laotiens et de femmes Khas, tandis que nous n’avons jamais rencontré l’inverse, c’est-à-dire un Kha marié à une Laotienne. Dans ces conditions, il est probable qu’il y aura d’ici peu de temps une fusion complète entre tous les habitants. C’est du moins le cas de Bokham que nous avons habité plusieurs mois, installés entre les deux villages d’origine différente. Nous pourrions, il est vrai, être là en présence d’une exception provoquée par l’exploitation aurifère ; il en serait peut-être ainsi si cette dernière n’était depuis de si longues années sans travailleurs sérieux. Tous se livrent à un autre genre de travail : généralement ils s’occupent de la culture, ou ne font rien du tout ; et ce n’est que pendant très peu de temps, à la suite de la saison des pluies, qu’ils s’emploient à la recherche de l’or, laquelle est alors un peu plus rémunératrice.
Les Khas. — Le prince Henri d’Orléans a dit, en faisant à l’association française le récit de son voyage à travers l’Indochine : « Les Khas, au teint foncé, population inférieure et de petite taille, apparentés aux Penongs et aux Stiengs du Cambodge et du Bas-Laos, semblent former l’élément le plus ancien, aborigène peut-être, de l’Indochine. »
Nous lisons ailleurs, dans une relation du voyage de M. Mouhot au Laos : « Les villages de Laotiens sauvages portent ici le nom de Tiê. Ces derniers ne sont autres que ces tribus appelées penongs par les Cambodgiens, khas par les Siamois, moïs par les Annamites » mots qui n’ont d’autre signification que celle de sauvages. Toute la chaîne de montagne qui s’étend du nord du Tonkin au sud de la Cochinchine, à une centaine de milles au nord de Saïgon, est habitée par ce peuple tout à fait primitif, divisé en tribus qui parlent divers dialectes, mais dont les mœurs sont partout les mêmes. Tous les villages qui ne sont pas à une très grande distance du MéKong sont tributaires : les plus rapprochés de la ville travaillent aux constructions du roi et des princes et ont toutes les corvées pénibles ; les autres payent leur tribut en riz. Leurs habitations sont situées dans les endroits les plus touffus des forêts et où ils savent seuls se frayer un sentier. Leurs cultures se trouvent sur le penchant et le sommet des montagnes. En un mot ils emploient les mêmes moyens que les animaux sauvages pour échapper à leurs ennemis sans les combattre, et conserver la liberté et l’indépendance, qui sont pour eux, comme pour toutes les créatures de Dieu, des biens suprêmes. »
Nous ne pouvions mieux choisir pour donner une première idée de la population que nous allons maintenant étudier. Nous ferons pourtant une remarque sur la citation tirée de M. Mouhot ; dans nos pérégrinations, nous n’avons point eu connaissance du mot lie attribué à la langue laotienne, nous les avons toujours entendu dénommer ces peuplades « Khas » par les Laotiens tandis que le mot siamois correspondant serait cuï, Kouï ou souï, Quoi qu’il en soit, toutes ces populations, qui ont des mœurs bien semblables, à défaut du langage, et qui sont toutes classées sous le qualificatif de sauvages, se divisent en un grand nombre de tribus que nous sommes peut-être même loin de connaître toutes. Voici les noms que nous avons-nous-mêmes entendu prononcer par les tribus habitant le Laos…

[Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France]

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